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les politiciens du comptoir

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31 mars 2020

Covid 19 : la piste du pigeon ?

Les volatiles crasseux qui se pavanent dans les rues pourraient-ils constituer des vecteurs du virus COVID19 ? Autrement dit, faut-il éradiquer les pigeons de nos villes ?

pigeon_paris

 

« Il existe des coronavirus chez les oiseaux mais ce sont des gamma et des delta alors que le Covid-19 est un béta, explique Jean-Michel Dugland, directeur de l'unité de recherche en virologie de l'école nationale vétérinaire d'Alfort (Val-de-Marne). C'est un virus différent que l'on n'a pas jamais mis en évidence chez des oiseaux, mais une mutation est toujours possible. Dans le doute je préconise une élimination préventive des pigeons à Paris ».

Alertée par le risque sanitaire, la Ville de Paris prévoit un plan d’élimination des affreux oiseaux. En ces temps de solidarité nationale, elle compte faire appel au civisme des parisiens et les mettre à contribution. Un kit anti-pigeons, comprenant un filet de capture, un fouet clouté et un scalpel, sera gracieusement fourni à chaque ménage parisien. « Le kit aura été préalablement désinfecté, et remis par des porteurs masqués » précise Anne Hidalgo entre deux quintes de toux.

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7 juin 2015

Les Politiciens déménagent sur le Comptoir !!!!

Chers fidèles lecteurs !!

Il est temps de passer à la vitesse supérieure, rendez-vous donc sur le nouveau site des POLITICIENS DU COMPTOIR

logo2

C'est ici :

https://lespoliticiensducomptoir.com//

https://lespoliticiensducomptoir.com/

https://lespoliticiensducomptoir.com/

https://lespoliticiensducomptoir.com/

https://lespoliticiensducomptoir.com/

 

5 juin 2015

Gomorra la série : il y a quelque chose de pourri au royaume de Naples

À l’origine ce fut un livre. Écoulé à 10 millions d’exemplaires dans le monde, il valut à son auteur un succès immédiat ainsi qu’une condamnation à mort de la part de la Camorra(1).

Puis ce fut un film primé à Cannes (Grand Prix du Jury en 2008) et même une pièce de théâtre. Et maintenant Gomorra, œuvre nécessairement protéiforme pour raconter la pieuvre camorriste, devient une série.

Diffusée l’année dernière en Italie et en janvier sur Canal +, Gomorra la série a connu un succès critique et public et a été vendue dans 70 pays à travers le monde. La qualité du produit réalisé y est pour beaucoup : rivalisant avec les grosses productions américaines (les Games of Throne, les House of Card, etc), Gomorra n’a pas à rougir de son origine italienne. Menée d’une main de maître par Stefano Sollima (déjà à la tête de Romanzo Criminale), la série est maîtrisée de bout en bout par les trois réalisateurs qui se concentrent sur la description réaliste et crue d’un monde longtemps inconnu du grand public, qui plus est du public français. Tournée en décors naturels dans Naples et sa région (plus précisément à Scampia, quartier nord de Naples) avec une lumière qui met en valeur les couleurs de la ville et surtout les décors bling-bling (qui piquent les yeux) des intérieurs napolitains, la série a vu l’émergence d’acteurs napolitains de talent. Heureusement la qualité technique du produit n’est pas là pour cacher la faiblesse du scénario, mais bien pour accompagner et mettre en valeur un récit qui se fait haletant au fur et à mesure des épisodes.

Gomorra

Gomorra la série met en scène le clan Savastano en lutte avec le clan Conte pour le contrôle du trafic de drogue (Scampia est le plus grand marché européen de drogue). Mais cette banale histoire de rivalité est l’arbre qui cache la forêt et un système bien plus tentaculaire. Il faut préciser avant d’aller plus loin que, bien qu’étant romancée en tant qu’œuvre de fiction, toutes les histoires racontées dans Gomorra la série se sont réellement déroulées, même les plus incroyables et les plus insoutenables. Car Roberto Saviano et les auteurs ne se contentent pas de raconter des histoires de gangster. Ce serait réduire la Camorra à son expression la plus basique.

La série nous plonge dans les méandres du Sistema (2) et nous dévoile l’étendue de sa puissance. La Camorra ne contrôle pas seulement l’économie souterraine, elle a également la main mise sur l’économie légale et la société napolitaine.

Si le trafic de drogue est un mécanisme plus ou moins connu de tous, le blanchiment de l’argent sale est un concept plutôt abstrait et souvent invisible. On part avec nos « héros » à Milan où s’étend devant nos yeux une puissance économique insoupçonnable : les Savastano possèdent des immeubles entiers dans la capitale économique de l’Italie. La prise de contrôle d’entreprises on ne peut plus légales est un autre moyen de recycler son argent. Grâce à des prête-noms et des banquiers peu scrupuleux, les clans prennent le contrôle de sociétés et souvent leur imposent leurs propres fournisseurs. Nous ne nous étendrons pas sur les investissements dans les discothèques, les restaurants, les casinos… La liste est infinie.

Mais les clans vont plus loin encore. Pour imposer leurs entreprises dans les appels d’offres, rien de plus simple pour eux que de contrôler une mairie. Et ils ne se contentent pas de verser quelques enveloppes ici et là. Pourquoi acheter quelqu’un, quand on peut carrément mettre à la tête d’un conseil municipal un homme de son clan. En Campanie, on ne compte plus les conseils municipaux dissous (parfois plusieurs fois) pour infiltration mafieuse. Tels des politiciens, ils organisent la campagne électorale avec des moyens illimités et si cela ne suffit pas, il reste l’intimidation et l’achat des votes (une voix ne peut coûter que 50 €, chaque élection a son propre tarif selon son importance).

gomorra2

Et si les spectateurs pensent que la prison est la solution pour casser l’hégémonie des clans, je leur conseille d’attendre quelques épisodes. Le camorriste est aussi puissant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Dès son entrée dans la prison de Poggioreale, on est frappé par le respect des prisonniers à son égard. Son incarcération ne signifie pas pour autant le ralentissement des affaires : un simple portable lui permet de se tenir au courant de la situation extérieure et au besoin de donner ses ordres. Il n’hésite pas à entrer en guerre ouverte avec le directeur de la prison dans le seul but de montrer sa puissance et son influence. Seule arme de la justice italienne pour briser le pouvoir des mafieux emprisonnés, le 41 bis, article du code de procédure pénale qui prévoit l’isolement du prisonnier et un contrôle strict des visites.

Si elle se présente au premier abord comme une œuvre de fiction réussie, Gomorra la série a également pour vocation de raconter un territoire et une réalité. Certains ont accusé Roberto Saviano de diffamer Naples en dévoilant ses côtés les plus obscurs. Il répliqua malicieusement que l’on n’a jamais accusé Breaking Bad de diffamer le Nouveau-Mexique (ou les professeurs de chimie) ! Raconter le mal ce n’est pas le cautionner, c’est déjà l’affaiblir. Si l’appareil judiciaire est certainement un outil efficace pour contrer les mafias, la prise de conscience de la population et un changement de mentalités sont forcément nécessaires pour mettre à mal sur le long terme la puissance de ces organisations criminelles. C’est là que des œuvres comme Gomorra la série interviennent, leur succès devient une arme qu’il ne faudrait pas sous-estimer ni écarter.

Boulce

[1] Organisation criminelle originaire de Naples

[2] Surnom de la Camorra

3 juin 2015

Réduction des inégalités : les mesures choc du gouvernement [EXCLUSIF]

La réduction des inégalités sociales, c’est maintenant ! Le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer efficacement aux inégalités sociales qui gangrènent notre pays. Enquête.

En ce lundi matin, alors qu’il venait à peine de se lever et de décréter la procrastination comme thème de sa journée de révision du baccalauréat, Hector-Kylan [les prénoms, volontairement stigmatisant et ridicules, ont été rajoutés à la demande du Ministère] eut une amère surprise : le huitième de finale Monfils-Federer n’était pas retransmis sur France Télévision mais Eurosport. A la place, Les Z’amours, émission drolissime où un homme et une femme font un concours d’orthographe sur un carton.

Ce même jour, à 11h15, Hector-Kylan révisait le principe du double cyclotron et bouclait ainsi son programme de révision de physique nucléaire.
caca

Une équation complexe de physique élémentaire

Cet exemple parmi des millions illustre la nouvelle politique choc du Gouvernement qui vise à remettre la France au travail. Mais pas n’importe quelle France : celle des plus modestes, celle dont les parents n’ont pas su (voulu ?) offrir à leurs enfants toutes les chances de réussite dans une société en mouvement qui regorge pourtant de possibilités infinies de réussite.

Limiter l’accès des évènements sportifs, chronophages et abrutissants, constitue l’un des axes essentiel de cette politique. Sous couvert d’anonymat, l’un des instigateurs de ce programme interministériel, témoigne.
« Tout ce temps passé par les étudiants, chômeurs, retraités et autres inactifs devant les Internationaux de France de Roland Garros (dont nous nous félicitons au Gouvernement de son grand succès, qui ne se dément pas) couterait à notre pays la bagatelle de 3,82 billiards de pesos colombiens par an. Dans un contexte de resserrement budgétaire drastique il était urgent d’intervenir ».

glande

La glande : un coût exorbitant pour notre pays

Quand nous lui demandons si cette mesure n’est pas un peu sévère pour les générations de bacheliers présents et futurs obligés d’attendre 15h pour voir un échange sur les courts de Roland Garros, notre informateur nous en dit plus sur la stratégie gouvernementale.

« Si vous analysez un peu mieux la situation, certains bacheliers auront toujours accès à l’ensemble des matchs de Roland Garros : ceux dont la famille a les moyens de s’abonner à Eurosport ou ceux disposant d’un ordinateur particulier et d’une bonne connexion pour regarder les matchs sur Internet. Les autres, les plus modestes, seront confrontés à un choix beaucoup plus réduit : réviser ou Les Z’amours. Nous faisons le pari qu’ils choisiront la première solution et obtiendront ainsi d’excellents résultats au BAC. Ceci devrait leur permettre d’accéder à de meilleurs écoles ou universités et de surclasser l’échelon social leurs parents. Nous appelons ça le "jumping social". Il faut voir dans cette répartition des droits TV des grands évènements sportifs une matière de réduire considérablement les inégalités sociales en France. »

quatre-quatreLe jumping social, ça marche !

Face au succès annoncé de ces mesures, d’autres pistes sont actuellement en réflexion au sein du gouvernement.
« Notre stratégie est de rendre de plus en plus difficile l’accès de tout divertissement aux personnes les plus modestes. Il ne faut pas voir en cela une punition pour ces catégories mais au contraire une chance, une opportunité de rebond.
Pourquoi ne pas taxer encore plus les produits culturels ou supprimer les tarifs étudiants ? Ou rendre payant l’accès aux routes du Tour de France pour le grand public ?  Nous ne nous imposons aucune limite, aucun tabou. »

A 15h, Hector-Kylan a finalement décidé d’allumer sa télé. La présence de Nelson Monfort, pierre angulaire de la stratégie gouvernementale, l’incita à éteindre son poste et à retourner réviser.

candeloro-monfortUn véritable succès !

Lanfer

2 juin 2015

CIAO BLATTER !!!!

ça y est !!! Blatter a démissionné !!!

Enfin, l'affreux parrain qui ne savait rien finit par dégager !

Ce soir, Blatter a déclaré : "ce mandat n'a pas le soutien de l'intégralité du monde du football, j'entends par-là des supporters, des joueurs, des clubs et de tous ceux qui vivent, respirent et aiment le football autant que nous tous à la FIFA" ben voyons...

blatter-mafia

blatter-wanted

blatter-mains-sales

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Pour ta retraite Blatter, si tu t'ennuies, tu peux toujours entamer une arrière musicale ? Déjà à l'occasion de la Coupe du Monde au Brésil tes talents avaient fait merveille : voir ICI et LA.

Ou alors, si tu as tellement envie d'aider le football, pourquoi ne pas verser une part de ta fortune pour aider à financer des projets de développement de ce sport ? (avec 58 millions d'euros de revenus en 2015, tu es l'homme politique le mieux payé de la planète !).

En tout cas on ne va pas te plaindre, et déjà on est content de savoir qu'on est bientôt débarrassés de toi !

Fred

 

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1 juin 2015

Les limites de la méthode Todd

toddQui n’a jamais aperçu Emmanuel Todd sur un plateau télé, ou entendu l’une de ses analyses décalées ?

Depuis son ouvrage « la Chute finale », analysant dès 1977 les causes de l’effondrement prochain de l’URSS, Emmanuel Todd est un intellectuel reconnu et respecté dans le « milieu ».

Il dispose d’une maîtrise d’histoire, mais il est également économiste, anthropologue et sociologue. Sa particularité, et ce qui rend ses analyses particulièrement intéressante, est de croiser les disciplines. Une qualité rare (mais indispensable) à l’heure du cloisonnement des spécialités.

Dans ses travaux, il analyse la situation et l’évolution de sociétés ou de phénomènes sociétaux complexes, et tente de prévoir leur trajectoire future : la chute de l’URSS donc, mais aussi la fin prochaine de l’empire américain (Après l’Empire), la démocratie en Occident (Après la démocratie). Dernièrement, il a sorti avec le géographe Hervé Le Bras un livre (Le mystère français) dans lequel de nombreuses cartes du territoire national servent de support à un éclairage ambitieux des permanences mais aussi des mutations de notre société.

L’ambition des analyses de Todd consiste à ne jamais rester dans une seule discipline, mais aussi à sans cesse essayer de proposer des théories globales sur des phénomènes complexes.

On pourrait cependant lui adresser quelques reproches.

Le premier est de quelque peu s’enivrer de ses propres analyses. Dans les débats, il rappelle souvent avoir eu raison avant les autres, cite ses propres citations, et aime jeter un pavé dans la mare avec des propos fracassants. Certes, déclarer que nos dirigeants actuels sont des « crétins » fait toujours son effet lors d’une interview, mais le risque est de finir par penser qu’on peut avoir raison seul contre tout le monde. Qu’une seule personne serait capable de formuler des analyses pertinentes dans tous les domaines, navigant mieux que tous les spécialistes entre économie, histoire, géographie, sociologie, anthropologie, politique étrangère, religion. Le problème étant bien sûr que notre système médiatique raffole des experts ayant la prestance et l’humour d’Emmanuel Todd, et étant capables de synthétiser une théorie complexe en quelques formules.

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Une deuxième critique concerne le fond des analyses d’Emmanuel Todd. Son tropisme historico-démographique l’amène à placer deux théories au cœur de ses théories :

  • Les systèmes familiaux traditionnels. A partir de quelques critères (rapport parents / enfants, niveau d’inégalité entre frères et sœurs), il propose une typologie en 5 catégories de familles que, traditionnellement, on va retrouver plutôt dans telle ou telle région française.
  • La notion de « catholicisme zombie ». Il porte une attention particulière à l’influence résiduelle du catholicisme, notamment dans les régions dans lesquelles il fut par le passé très bien implanté.

Il utilise ces deux facteurs explicatifs dans grand nombre de ses analyses. Ainsi, son approche sur la décomposition du système soviétique repose en partie sur l’analyse des structures familiales. Pareil quand il se penche sur les conditions d’implantation de la démocratie dans nos sociétés. Ou quand il explore la géographie du « mystère français ».

Le problème étant que, pour analyser un phénomène complexe, il va quasiment systématiquement mettre en avant la structure familiale et le catholicisme zombie pour interpréter et donner une grille de lecture. Et généralement sans justifier le choix de ces deux paramètres, ni expliciter leurs interactions avec les autres données du problème. Plus un phénomène est complexe, plus le nombre de variables en jeu est important, et moins il est facile de déterminer laquelle est cause ou conséquence d’une autre. Cela devrait inciter à la prudence dans les analyses. Cela ne dérange pas Emmanuel Todd, qui continue à promouvoir ses deux « têtes d’affiches », dont on sent bien qu’il s’agit de deux intuitions jamais vraiment démontrées.

Son dernier ouvrage « Qui est Charlie ? » résume bien les travers de la méthode Todd. Persuadé d’avoir mieux compris que les autres les tenants et les aboutissants du phénomène, il a publié un livre choc qui va proposer une lecture radicale, décapante et forcément en décalage avec la vision dominante. Structure familiale et catholicisme zombie y sont en bonne place.

Par contre cette fois, ça n’est pas passé. Il s’est fait proprement remettre à sa place par plusieurs analyses un peu plus rigoureuses de l’événement. On ne peut pas toujours avoir raison.

Fred

 

30 mai 2015

Max et Furiosa : un espoir d'égalité

Mad Max, fury road est une belle surprise à voir au cinéma en ce moment.

Mad max 1Le rythme est haletant, on respire à peine, on se repose juste trois secondes et revoilà la horde de furieux armée jusqu’aux dents, prête à vous écrabouiller sous les roues de ses engins tonitruants et sanguinaires. Le méchant fait vraiment peur et tout l’univers créé est inquiétant car on sent bien qu’il n’y règne ni loi ni morale, et que les hommes sont capables de tout. D’un point de vue de l’univers esthétique, on est comblé, le désert fait place nette pour accueillir cette interminable course-poursuite, et laisse planer le doute quant au but à atteindre…

Au-delà de ces aspects formels, le film donne envie par les messages qu’il fait passer :

  • L’émancipation de tous les êtres humains passe par l’émancipation de la femme, qui a été jusqu’alors la plus asservie
  • Un homme et une femme peuvent gagner ensemble
  • Un homme et une femme peuvent gagner ensemble, juste pour réparer une injustice, et non pas pour baiser à la fin du film
  • Il montre de multiples figures féminines : femme fragile, femme forte, femme enceinte, femme blessée, femme asservie, femme combattante, femme réconfortante, femme autoritaire, femme douce, femme brutale, femme « féminine », femme « masculine ».

mad-max2

Furiosa

Dernièrement, le film a fait l’objet de critiques (certes anecdotiques, mais fortement médiatisées) « anti-féministes, homministes » (Quoi ?! ça existe ça ? C’est légal ?), et d’un boycott porté par un bloggeur américain visiblement assez médiatique. En France, le film fait davantage consensus : même le magazine Causeur, peu réputé pour son combat féministe, en fait l’éloge. À noter au passage que le film passe le test de Bechdel haut la main, test qui consiste à déterminer si la femme dans le film est considérée comme une potiche, ou seulement comme une cruche[1].

Pour ces détracteurs homministes, le film est une surprise et une duperie, car ces cinéphiles aguerris s’attendaient à un film d’action, un vrai, alors qu’il s’agit en fait de propagande féministe déguisée. De plus, Charlize Théron parle davantage que son collègue Tom Hardy, et ce n’est pas normal dans un film d’action, un vrai. Pour d’autres détracteurs, le film montre des femmes dénudées, alors qu’aucun homme dans ce film ne montre sa poitrine : alors vos gueules les féminissss, le film montre des nichons, donc il est pô féminisss !

Pour moi, c’est également une surprise. Je pensais naïvement ingurgiter mes pop-corns en me délectant d’un bon gros film d’action et je ne pensais pas devoir faire face à de tels arguments. C’est pour moi une découverte : ah bon ?! Il est interdit de faire gagner ensemble, à juste égalité, une femme et un homme à la fin ?!

femen2À l’instar des idées des Femens, peut-on imaginer que les seins des femmes puissent être autre chose qu’une partie du corps liée au désir sexuel masculin ?

Pour entrer dans des considérations plus personnelles, dans mon monde, celui de mon enfance, où l’égalité homme-femme était simplement la norme, dans lequel je pouvais m’identifier tantôt à papa-qui-faisait-la-cuisine, tantôt à maman-qui-faisait-du-bricolage, il n’a jamais été question de féminisme, justement parce qu’il n’y avait jamais de nécessité de rétablir un quelconque déséquilibre.

C’est beaucoup plus tard, à l’âge adulte, que j’ai fait la rencontre avec ce monde bizarre, tout nouveau pour moi, où les films d’action ne peuvent pas être gagnés à la fin par une fille et un homme, où les seins nus des femmes sont forcément là pour être pelotés par des hommes, où les femmes doivent se taper en moyenne 1h40 de ménage quotidien de plus que les hommes, où, à un colloque auquel j’ai assisté hier, 4 intervenants sur 5 sont des hommes, où seulement 8 femmes sont présidentes de conseils départementaux sur 98...

Ce monde, je tente résolument de l’ignorer, de le regarder de façon distanciée, en me disant que je ne le comprends pas, et qu’il n’est pas le mien. Mais parfois, la distance s’efface, et lorsque ce monde bizarre arrive à ma porte, je ne peux m’empêcher d’être submergée par l’incompréhension, la rage, puis la lassitude devant ce poids de l’histoire trop lourd, trop ancestral, trop ancré ; devant ce combat qu’il reste à mener, trop vaste, trop quotidien, et trop longtemps engagé (par d’autres femmes et hommes beaucoup plus courageux que moi[2]).

Alors oui, dans un monde normal, ce film d’action, ne devrait finalement pas être une « surprise » ni considéré comme « féministe », mais simplement un film normal puisqu’un homme et une femme gagnent à la fin.

 Julie

 




[1] 3 critères pour savoir si un film passe positivement le test :

  1. Il y a au moins deux personnages féminins dans le film
  2. Ces deux femmes parlent entre elles
  3. Elles ne parlent pas d’un homme (mais le dialogue en question peut se résumer à « il est beau ton sac à main », et le film passera quand même le test
28 mai 2015

Welcome in St Dizier, smart city !!!

San Francisco, Shanghaï, Masdar, Barcelone, Séoul…et pourquoi pas St Dizier ?

La sinistre préfecture de la Marne, qui perd ses emplois et ses habitants par wagons entiers, ne se laisse pas abattre et a décidé de prendre résolument le virage de la ville connectée et intelligente. Mais attention ! Il ne s’agit pas de truffer l’environnement urbain de capteurs, de puces RFID et autres caméras, au service de la surveillance généralisée du citoyen. Comme l’a déclaré le Président de la Communauté d’agglomération St Dizier Métropole, « on ne va pas mettre en place une Big Mother écologique ! ».

Il s’agit plutôt de s’appuyer sur les formidables capacités de l’intelligence animale, ainsi que des progrès récents en matière de symbiose animal / machine pour élaborer un véritable écosystème urbain intégré. L'harmonie retrouvée entre l'homme et la nature.

S’appuyant sur son pôle de compétitivité « génie animal et intelligence porcine en réseau », St Dizier Métropole a piloté un projet de recherche appliquée avec l’Université de Champagne et l’Institut Champenois de l’Intelligence Canine. Le projet, grassement financé par les Investissements d’Avenir du Commissariat Général à l’Investissement, a permis de premières expérimentations très prometteuses en milieu urbain.

Place aux images !

poule-connecte

 

 

Le cerveau de cette poule, truffé d’électrodes, commande directement le système d’éclairage du quartier St Michel. La sensibilité de la poule aux variations solaires permet d’ajuster au plus près l’éclairage public. Et donc de permettre aux Bragards (habitants de St Dizier) d’appréciables économies d’énergie.

 

 

porcs-connectes

 

Les méninges de ces trois cochons sont montées en série, permettant à cet ordinateur animal de développer une puissance de traitement inégalée. Ce dispositif est actuellement en cours d’expérimentation dans le restaurant « Au vieux saucisson ». A l’aide des factures de la clientèle et des retours assiettes, le dispositif compose en temps réel la carte du lendemain et régule le stock de produits frais.

 

chien-machine

 

Ce carniciel fonctionne à l’aide d’une interface chien-machine de dernière génération. Le cerveau du canidé télécharge automatiquement les mises à jour Windows, permet d’upgrader la suite Microsoft Office en cas de nouveauté logicielle, et met instantanément l’ordinateur en veille en cas d’absence prolongée de l’utilisateur humain.

 

 

cavalier

Enfin, St Dizier expérimente la mise en réseau « chien à corps de pigeon / âne / homme à tête de chien ». Le câblage des trois entités biologiques permet une parfaite synchronisation du cavalier sur sa monture. D’importants débouchés sont envisagés à l’export.

Fred

26 mai 2015

Fichez-moi la paix !

Il y a encore des gens raisonnable dans ce pays. Le Conseil d’État vient de suspendre la mise en œuvre du fichier STADE qui doit permettre de légaliser un fichage, déjà existant et totalement illégal, de certains supporters du PSG. Et oui, il n’y a pas qu’à Béziers que l’on fiche et ce coup-ci c’est avec la bénédiction du Ministère de l’Intérieur.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, résumons la situation (attention, ceci est un résumé à la hache) :
1.    En 2010, le PSG met en œuvre le plan Leproux pour « pacifier » le Parc des Princes : dissolution des associations de supporters, placement aléatoire dans les tribunes Auteuil et Boulogne.
2.    Le PSG (entité privée) crée une liste de supporters indésirables pour la plupart contestataires du plan Leproux qui sont, de fait, interdits d’assister aux matchs de leur équipe sans aucun motif légitime et légal, sans aucune décision judiciaire, avec la complicité du Ministère de l’Intérieur (garant de l’ordre public) à qui est transmis ce fichier.
3.    Dénoncé par ceux qui en sont les victimes, ce fichage est jugé illégal par la CNIL.
4.    Le gouvernement rédige alors un arrêté (fichier STADE), qui vise uniquement une catégorie de la population française (les supporters des équipes franciliennes), pour collecter en toute légalité cette fois un maximum d’informations (dont les activités sur les blogs et réseaux sociaux !!), sur des personnes(1) susceptibles de déranger le bon déroulement des matchs du PSG.

Alors évidemment, cela affecte les supporters parisiens. Forcément violents, racistes, ivrognes et beaufs. Donc l’opinion s’en fout assez royalement à l’exception de quelques médias qui relaient régulièrement les pérégrinations de cette mascarade (merci au Monde, Rue89, Les Cahiers du Foot et quelques autres).

Pourtant, en France, en 2015, tu peux être, avec la bénédiction de l’État :

  • fiché illégalement par une entreprise privée
  • interdit de te déplacer librement dans une ville voire un département si tu te prévaux d’une certaine catégorie de la population
  • viré manu militari d’un stade car arborant une écharpe qui ne plait pas aux dirigeants d’un club ou parce que tu lances un chant contestataire, voire interdit d’y entrer car considéré comme indésirable alors que tu n’as jamais rien fait d’illégal.

 

Pas grave me direz-vous. Ce n’est que du foot. Ils s’en remettront les choupinous drogués à la baballe, ils n’ont qu’à aller supporter un autre club tiens et puis ils ne doivent pas être tout blanc dans l’affaire (2).

blanc

 

 

 

 

 

Lui par contre il est tout Blanc

Pourtant cette complicité entre un État et une entreprise privée pour rendre légal l’illégal, contre l’avis d’institutions de contrôle de nos libertés ou de nos droits (Conseil d’État, CNIL), à la seule fin de satisfaire un intérêt privé devrait constituer une inquiétude collective bien plus manifeste.

Elle permet aujourd’hui :

  • au PSG de choisir la population qu’elle accueille son stade et d’en évincer toute forme de contestation y compris non violente (la critique du prix des places par exemple )
  • à l’État de tester un système de fichage sur des cobayes idéaux (les ultras parisiens) qui ont mauvais presse au sein de l’opinion publique.

 

Alors, on s’en fout toujours ?

Lanfer

(1) Dès l'âge de 13 ans...

(2) Best of des inepties entendues à ce sujet au cours des dernières années

24 mai 2015

FN du Nord, FN du Sud

Au-delà du phénomène politique d’envergure nationale, il est intéressant de se demander à quelles attentes répond le FN au niveau local.

On a l’intuition que le discours du FN à Hénin-Beaumont ou en Picardie n’est pas le même que dans le Vaucluse ou à Orange. Mais peut-on aller plus loin dans l’analyse ? C’est là qu’une lecture géographique peut apporter quelques clés de lecture.

Premier élément, la comparaison entre le taux de chômage en 2013 (cartes ci-dessous). Globalement les zones d’emploi connaissant un taux élevé de chômage (teintes foncées sur la carte de droite) correspondent à des scores élevés du FN au 1er tour des départementales 2015.

chomage-vote-FN

Après les points communs en le nord et le sud, les différences. Elles sont considérables.

Le nord de la France (Nord Pas-de-Calais, Picardie, Lorraine, Champagne-Ardenne), s’il ne peut être considéré comme un bloc homogène, est globalement marqué par un tissu industriel encore puissant, mais qui a connu un très fort déclin (mines, sidérurgie, textile…).

Ainsi, les revenus de ces territoires proviennent encore en grande partie de ces activités productives, mais aussi de l’emploi public qui a souvent pris leur relais (carte de gauche) ; alors que la dynamique de l’emploi salarié privé de ces dernières années (carte de droite) apparaît globalement négative dans ces régions.

A l’inverse, le sud de la France tire ses revenus de la présence des populations (résidents et touristes, carte de gauche), et sa dynamique d’emploi est au contraire très positive (carte de droite) notamment car ces régions ont accueilli beaucoup d’habitants lors de ces dernières décennies.

revenu-emploi

Si la dynamique économique et démographique n’est pas la même, la situation sociale est dans les deux cas préoccupante. Le poids des bases sociales dans les zones d’emploi (qui correspondent au poids des allocations chômage et prestations sociales hors retraite) est particulièrement fort au nord et au sud. Les écarts de revenus (carte de droite) sont également plus élevés que la moyenne, et particulièrement importants dans le sud.

bases-sociales-ecarts-revenus

Ces chiffres correspondent à deux réalités économiques différentes :

  • Au nord, l’effondrement de l’industrie a été en partie compensé par des emplois publics, mais a aussi entraîné la hausse des prestations sociales (chômage élevé)
  • Au sud, le développement démographique et économique fondé sur le tourisme et les services à la population s’accompagne du développement d’emplois précaires, et d’écarts de revenus conséquents.

Nord et sud, deux structures et dynamiques économiques fort différentes, mais une réalité sociale préoccupante sur laquelle le parti d’extrême droite peut prospérer. Cela explique que son implantation s’effectue sur des bases différentes.

Au nord, la disparition progressive de l’industrie s’est accompagnée d’une forte mutation du système d’"encadrement" de la population : le patron paternaliste a disparu, et l’Etat a largement subventionné ces territoires pour limiter les dégâts (mais sans parvenir à faire émerger une nouvelle dynamique économique). Si le socialisme municipal garde encore de beaux restes (malgré les nombreuses « affaires »), le FN profite largement de cette situation de décomposition. Les enjeux économiques et sociaux ont largement été mis en avant par les candidats FN lors des dernières campagnes (voir ici le tract du candidat FN du canton d’Oignies, au départementales), avec des arguments souvent proches de ceux de la gauche.

Au sud, le modèle économique est bien davantage fondé sur la captation des revenus. Si on généralise à grands traits, ce mode de développement génère souvent des stratégies très concurrentielles entre communes pour attirer les résidents et les touristes, avec la prolifération de maisons individuelles dans le cadre idyllique de la Provence ou du littoral. Au-delà des disparités économiques évoquées plus haut, ce mode de développement territorial tend à dégrader les paysages et encourager l’individualisme voire l’isolement des populations (le triptyque maison + jardin + voiture n’incite pas à la vie de quartier). Les arguments de campagne du FN semblent se calquer sur cette réalité : on y parle d’enjeux économiques et sociaux, mais aussi et surtout de défense de l’identité, de préservation du patrimoine et de l’invasion migratoire. Pas du tout le même discours que dans le nord.

L’analyse mériterait d’être précisée et étayée, mais permet déjà de tirer un premier enseignement : on ne fera pas reculer le FN du nord et le FN du sud en appliquant les mêmes recettes. Et il ne suffira pas de relancer la croissance pour régler les difficultés.

Fred

 

 

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